3ème Séance: Simondon et la Techno-esthétique

Sommes-nous suffisamment sensibles aux conditions de production et de réception des choses qui conditionnent notre environnement ?  » 

« À la toute fin de son œuvre, dans un brouillon inachevé d’une lettre adressé à Jacques Derrida, Gilbert Simondon formule une proposition théorique originale : la « techno-esthétique ». Cette proposition repose sur l’idée qu’il existe un « spectre continu » qui relie la technique et l’esthétique, l’opératoire et le sensible, l’action et la contemplation. Partant de cette idée, il s’agit d’élaborer une « axiologie intercatégorielle » capable de rendre compte de la « force esthétique » de la technique et de la « technicité » de l’esthétique sans reconduire les oppositions héritées de la tradition métaphysique qui en font des réalités sans communication.

Bien qu’elle ne soit que programmatique, la « techno-esthétique » proposée par Simondon montre sa valeur explicative dans l’analyse d’objets aussi divers que le Centre Pompidou de Piano et Rogers, le couvent de La Tourette de Le Corbusier, la Tour de l’exposition et le viaduc de Garabit d’Eiffel, les maisons à colombage, la cisaille Facom, la Jaguar Type E et la 2 CV, le conditionnement du riz, l’antenne d’émission radio, le château d’eau, le sourire de la Joconde, le cheval de course et de trait, la marche et la natation humaine, etc., et cela en accordant une attention majeure au mouvement, au corps, au besoin et au plaisir, dans la relation à la nature et au sacré (…) 

Mon intervention consistera principalement dans une lecture transversale de l’œuvre de Simondon pour tenter d’expliciter ce qu’est la « techno-esthétique ». Dans un second temps, je proposerais en complément ma propre conception de la « techno-esthétique », qui s’élabore comme un prolongement critique de la pensée de Simondon à l’époque de la mondialisation et du numérique. »

Conférence Ludovic Dunhem

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