7ème séance

Actions et expérimentations citoyennes et artistiques dans l’espace public,

Entre néo-situationnisme et esthétique de la bricole

 par Luc Gwiazdzinski

Dans le contexte mouvant, entre « métropoles liquides » (Bauman, 2000) et « art à l’état gazeux » (Michaud, 2004), de nouvelles pratiques hybrides, associant art et espace, création artistique et production urbaine émergent et dépassent la seule mise en scène de la « société du spectacle » (Debord, 1967).

Dans l’entre-deux et hors les murs, l’espace public devient à la fois le lieu de croisements entre les acteurs de la fabrique urbaine, la scène artistique et l’objet de nouvelles métamorphoses. Des « géo-artistes », collectifs d’artistes, d’urbanistes, paysagistes ou citoyens activistes, investissent et enchantent les temps et les espaces de nos villes et nous invitent également à imaginer une nouvelle dimension de la notion d’espace public comme « lieu du faire » dans le sens de « fabriquer ensemble », dans l‘esprit des Makers(Anderson, 2013). Leurs pratiques croisent souvent d’autres démarches et d’autres tendances émergentes qui mélangent partage, pratiques collaboratives et participation entre esthétisation de l’ordinaire et des quotidiens urbains et enchantement extra-ordinaire. Ces nouveaux praticiens urbains et ces géo-artistes ont notamment « l’espace public » et le « faire » en commun, en lien avec la culture Do it Yourself (Hein, 2012) et l’économie du partage ou collaborative.  Avec eux, l’espace public est à la fois une épreuve et un lieu d’expérimentation qui permet d’habiter au sens d’exister, c’est-à-dire de faire l’expérience de la présence en un lieu. En ce sens, ils rejoignent également d’autres mobilisations contemporaines : du Printemps arabe aux occupations potagères en passant par les zones à défendre (ZAD), les Indignados ou Occupy Wall Street. Dans ces projets, le recyclage, le modeste, le frugal, l’art de concevoir des solutions ingénieuses sont souvent mis en avant. Dans les interventions ou aux alentours, entre mobilier en palettes et disco soupe, une « esthétique de la bricole, du temporaire et du fragile » s’impose qui interroge la fabrique de la ville, la misère symbolique (Stiegler, 2003) et l’imaginaire.

Luc Gwiazdzinski est géographe, enseignant en aménagement et urbanisme à l’Institut de Géographie Alpine (Université Joseph Fourier) de Grenoble et directeur du master Innovation et territoire (www.masteriter.fr). Chercheur au laboratoire Pacte (UMR 5194 CNRS), associé au centre inter-universitaire Mobilità e Tempi Urbani (Milan) et à l’EIREST (Paris 1 Panthéon Sorbonne) il a publié de nombreux travaux sur les questions de temps et de mobilité : La ville, 24h/24, Editions de l’Aube, La nuit dernière frontière de la ville, Editions de l’Aube, Si la route m’était contée, Editions Eyrolles. Co-fondateur du Pôle des arts urbains, il oriente notamment ses travaux sur les articulations et hybridations entre arts urbains et urbanisme. Voir notamment : De l’expérience géo-artistique à un nouveau design métropolitain. Hybridation des pratiques et esthétisation des espaces publics. Serge Dufoulon & Jacques Lolive. Esthétiques des espaces publics, 2014, L’Harmattan, pp.149-183.

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