6ème séance

Mardi 7 Avril à 9H30 – salle 705

L’ATTENTION ESTHETISEE, Processus d’ambiantalisation

par Igor GALLIGO

Lorsque les jeunes américains observés par la Kaiser Family Foundation réalisent un travail qui leur est demandé par le corps enseignant, ils le font en « multitâches », c’est-à-dire en étant connecté avec divers médias simultanément, et en raison de leur préférence pour un niveau de stimulation élevé. L’étude révèle que ces générations descendantes lisent peu, et que leur attention est de plus en plus précocement éclatée entre divers canaux d’information sur lesquels elles se « branchent » simultanément. Ainsi, se produit pour ces nouvelles générations une dissémination attentionnelle, qui génère également une dissémination sémantique. A un stade extrême, la dissémination attentionnelle et sémantique détermine sur un plan noétique ce que nous proposons d’appeler un « état ambiantal » de la conscience, qui donne à penser sur le plan esthétique, la notion d’ambiance. C’est dans un rapport écologique qu’aboutit l’état ambiantal de la conscience, déterminée par un état ambiantal de nos environnements, c’est-à-dire dans lesquels l’hyper-émission et l’hyper-circulation des flux audiovisuels génèrent une hyper-sollicitation de l’attention, qui empêche non seulement de développer une attention profonde, mais aussi une attention disséminée. L’attention ayant décrochée des objets et figures sur lesquels elle peut se poser, il se produit une saturation, un brouillage attentionnel dans lequel la perception et l’intelligibilité du sens extérieur deviennent impossibles. Que reste-il alors de ce maelström audiovisuel auquel nous sommes progressivement soumis, si ce n’est la perception d’une ambiance, c’est-à-dire d’un résidu sémantique flou et indéfini ? L’expérience ambiantale proposée par le nightclub apparaîtra alors comme le modèle type d’une jouissance esthétique du « décrochage attentionnel ». »

IGOR GALLIGO développe une réflexion sur les sujets de dispositifs ambiantaux et de dissémination de l’attention, sous la direction de Bernard Stiegler, directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou. En 2013, il rejoint le programme de recherche en art et design « Reflective Intercation » dirigé par Samuel Bianchini, à l’EnsadLab. Il est également membre associé du GERPHAU, site de recherche de l’UMR MCC/CNRS – LAVUE (Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement). Depuis 2015, il est chargé de recherche en esthétique pour le ministère de la Culture et de la Communication, au sein du Département de la Recherche, de l’Enseignement Supérieur et de la Technologie.

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